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PRIKING Franz

Né le 7 août 1929 à Mülheim (Rhénanie). Son père fonctionnaire l’initie très tôt à la connaissance artistique.
1939-45 Durant cette période charnière de l’enfance à l’adolescence, la guerre marque à jamais le jeune Franz.
1945-47 découverte de l’Expressionnisme, mouvement qui avait été totalement occulté par l’art officiel nazi. Pour PRIKING c’est une véritable révélation et il restera toute sa vie fidèle aux principes généraux de cette Ecole
1947 Mort du père PRIKING
1948 Il part étudier au Bauhaus de Weimar puis à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin où il fut l’élève de Max PECHSTEIN, l’un des fondateurs du mouvement Die BRÜCKE.
1948-49 Rencontre avec Bertolt BRECHT qui lui offre l’hospitalité pendant dix mois et l’initie au Réalisme Socialiste, ce qui Franz complètement froid, passionné qu’il était par un Art plus novateur.
1950 Bref séjour à Paris. De là il gagne le Midi de la France et se fixe momentanément à Villeneuve lès Avignon.
1951 Première exposition collective au Musée Réattu d’Arles.
1952 Avec l’argent d’un portrait qu’il vient de vendre, PRIKING se rend à Vallauris pour y rencontrer PICASSO. Il y restera huit mois. Le Maître le conseille et l’encourage en lui disant « Vous serez l’un des meilleurs peintres de votre génération ».
Retour dans la région avignonnaise à Barbentane. Travail acharné.
1955 Première grande exposition personnelle à la Galerie MOTTE à Genève, puis chez DROUANT-DAVID à Paris en 1957. les expositions vont alors s’enchaîner jusqu’à sa mort, à Paris, Londres, Genève, Rome, Bruxelles, Strasbourg, Aix en Provence, Menton, Tokyo, Sao-Paulo etc….
1958 Lauréat du Prix de la Jeune Peinture à Paris.
1961 Elu membre de l’Institut International des Arts et Lettres de Genève.
Années 60 S’installe à Oppède dans le Lubéron non loin d’Apt.
1972 Prix de l’Union Méditerranéenne d’Art Moderne.
Prix Léonard de VINCI.
1979 Décès mystérieux de Franz PRIKING à l’age de cinquante ans.

PRINCIPAUX MUSEES ET COLLECTIONS PUBLIQUES

En France : M.N.A.M. Paris, Musée CALVET à Avignon

En Italie : Musée du Vatican (Rome)

En Amérique : Musée de Santiago (Chili), Musée de Santa-Fé ( Mexique)

Aux Etats-Unis des œuvres de Franz PRIKING sont présentes dans pas moins de trente-neuf Musées, Fondations et Universités.
Berlin 1947 Dans une Allemagne encore en ruines, qu’est ce qui peut bien pousser un jeune homme de dix-huit ans à embrasser des études artistiques, après avoir enduré des années de privations comme après avoir été le témoin impuissant de cette apocalypse guerrière qui s’était terminée dans l’horreur seulement deux ans plus tôt Il serait vain, sans doute, de tenter de répondre à cette question, mais le seul fait de se la poser permet d’entrevoir combien Franz PRIKING restera tributaire toute sa vie de cette période sombre qui a marqué sa jeunesse……. Car la première chose qui frappe lorsqu’on contemple l’une de ses œuvres, c’est le noir.

Certes on peut le considérer comme l’un des héritiers des Peintres allemands du début du siècle, car bien qu’ayant d’abord étudié au Bauhaus de Weimar, son œuvre relève essentiellement de l’Expressionnisme dont on connaît le goût pour l’utilisation de cette couleur. Mais chez PRIKING l’usage du noir dépasse de beaucoup le simple cerne dans lequel les Expressionnistes enfermaient la couleur comme le plomb enferme les éléments d’un vitrail. Le noir n’est pas non plus utilisé en « » de la lumière comme chez les Maîtres flamands du XVIIème siècle. Non Le noir fait ici partie intégrante de l’œuvre. Jusque dans le glacis qu’il utilise pour la finition de ses toiles, PRIKING use du noir comme le philosophe du verbe. Il reste attaché au noir comme Oedipe à sa mère Liaison obsessionnelle parce que consciente.

Aucune lumière même celle intense du Midi de la France au milieu de laquelle il choisira, plus tard de vivre et de travailler, n’effacera jamais le sombre de se Rhénanie natale ( La Ruhr est à deux pas ) ni les ténèbres de la guerre avec leur cortège de restrictions et d’horreur. On entrevoit dès à présent combien la peinture fait office d’exutoire pour PRIKING et comment il tente, durant trente années d’y exorciser ses angoisses. On pourrait presque dire qu’il s’assoit devant son chevalet comme d’autres s’allongent sur le divan du psychiatre.

Influence de Max PECHSTEIN, co-fondateur au début du siècle du mouvement munichois «Brücke» ou de Edvard MÜNCH considéré comme le précurseur de l’expressionnisme allemand ? Le premier qui fut son professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin eut un réel ascendant sur l’artiste, tout comme le second, lequel ne craignait pas d’affirmer en 1889 «ne peindra plus des extérieurs, des gens qui lisent des femmes qui tricotent. Il faudra peindre des êtres vivants qui respirent et qui sentent, qui souffrent et qui aiment……… PRIKING ira bien au-delà de ces recommandations du Maître norvégien puisqu’il poussera le paradoxe jusqu’à exprimer ses tourments, là où l’on s’y attend le moins dans ses «Mortes».
Il convient ici d’ouvrir une parenthèse car le vocable français «morte » n’est pas très approprié pour permettre de saisir le paradoxal de la situation. En allemand on parle de c’est à dire de calme » ce qui éclaire mieux pour nous le caractère novateur de la démarche du peintre d’un côté un genre qui a traversé les siècles et les différentes Ecoles sans perdre une once de son impersonnalité, de l’autre une volonté farouche, celle de l’artiste d’y imprimer sa marque en gardant le concept de vie mais en remplaçant le calme par la tourmente.

Si, avec le graphisme dont on a dit qu’il rappelle certains peintre de l’Ecole de Paris de l’entre deux guerres, notamment FRIEZ, VLAMINCK ou DERAIN après le Fauvisme, le noir constitue une sorte de d’Ariane » dans l’œuvre du Peintre, il n’est tant s’en faut, pas le seul les thèmes abordés et les artifices utilisés d’une façon récurrente, sont autant de symboles qui nous font pénétrer dans la conscience de l’Artiste. Expliquer tous ces symboles n’est pas de notre ressort mais il est cependant intéressant d’en citer certains comme ces paysages rudes aux arbres rabougris, ces bouquets aux glaïeuls phalliques et aux tulipes vulvaires parfois agrémentés d’innocentes, mais très réalistes et très virginales fleurs blanches, ces femmes nues à tête d’aigle ou encore ces figures géométriques, véritables signes cabalistiques dont la rectitude constructiviste tranche singulièrement avec les autres éléments résolument expressionnistes du tableau.
D’autres symboles qui reviennent eux aussi avec une très grande régularité sont plus perceptibles et plus facilement explicables. Ainsi un outil le marteau, sans doute un souvenir atavique d’un grand-père forgeron qu’il n’a pas connu mais qui a marqué de son empreinte l’atmosphère familiale, une gerbe de blé, clin d’œil au Réalisme Socialiste auquel Bertolt BRECHT rencontré et fréquenté après la guerre voulu vainement le convertir ou encore le calice stylisé, véritable Vase du Graal, expression de la quête de l’impossible.
Il nous semble ici intéressant d’évoquer plus longuement la miche de pain dont la présence apparaît comme véritable de l’Artiste. Sans doute PRIKING aurait-il voulu la décliner quotidiennement sur ses toiles un peu comme une prière que l’on adresse au Tout Puissant notre pain quotidien… ». Lui qui comme tous les adolescents de la guerre avait souffert de la faim, lui pour qui le moindre morceau de cette précieuse denrée avait fait figure de délice et de festin, gardera toujours un immense respect pour cet aliment aussi simple que riche en symboles, de même qu’il vouera toujours une sainte horreur au gaspillage aussi bien matériel qu’intellectuel. La miche de pain de PRIKING est là pour nous rappeler à l’ordre, un ordre plus humain et sa présence sur la toile tient plus de la philosophie que de l’acte pictural. Mais n’en est-il pas ainsi de la plupart des éléments qui composent l’une quelconque de ses œuvres ? Ces fleurs de tournesol dont les graines sont autant de dents acérées ou ces droseras carnivores ne composeront jamais le même bouquet que quelques roses ou quelques pivoines épanouies.
Finalement les fleurs comme les autres symboles ne constituent qu’un support et deviennent le messager de l’âme du peintre. En cela PRIKING atteint parfaitement son but exprimer un sentiment plutôt que reproduire fidèlement une réalité. C’est cela qu’il est nécessaire de bien admettre si l’on veut accéder à l’univers du Peintre dans toute sa substance. Comprendre cette osmose totale entre un caractère volontiers rebelle, une jeunesse profondément marquée par les tragédies de l’histoire et une manière picturale délibérément choisie parce que correspondant totalement à ce qu’il en attendait l’Expressionnisme n’est ici pas seulement un outil, mais c’est également un art de vivre, une éthique.

Ainsi fut Franz PRIKING. Il traversa le milieu du XXème siècle telle une météorite, mort prématurément à l’age de cinquante ans. Il nous laisse une œuvre riche, dense en émotions en cris de détresse et de révolte. Ces deux sentiments suscités chez lui par ce monde injuste et barbare qui avait bouleversé sa jeunesse et failli lui voler son art.

Guy AVRAMO