Bernard Buffet : biographie

“Il ne faut pas confondre peinture et politesse.”
Bernard Buffet
La jeunesse de Bernard Buffet
Bernard Buffet est né le 10 juillet 1928 à Paris, dans le quartier des Batignolles. ll est le fils de Charles Buffet, un père qu’il ne connaîtra pas, et de Blanche, une mère qui vouait un amour passionnel à son fils. Elle disparaîtra très jeune, laissant derrière elle le jeune Bernard orphelin. Ce traumatisme le poursuivra toute sa vie, le marquant d’une tristesse et d’un désespoir profond.
Pour ses admirateurs, Bernard Buffet incarne le génie à l’état pur. Reçu à 15 ans à l’Ecole nationale des beaux-arts, il n’y reste que deux ans et décide de travailler seul.
Sa personnalité artistique se révèle autour de 1946. À partir de cette époque, ses œuvres seront présentées à Paris chaque année.
Les premiers salons de Bernard Buffet
En 1946, il expose pour la première fois au salon des moins de trente ans un Autoportrait. En 1947, il est admis au Salon des Indépendants, où il expose L’homme accoudé, puis au Salon d’Automne. En décembre de la même année, sa première exposition se tient à la Librairie des Impressions d’Art.
La reconnaissance est immédiate : Raymond Cogniat lui achète Nature morte au poulet pour le Musée National d’Art Moderne de Paris. Ses premiers travaux aux figures anguleuses le classent d’emblée dans la mouvance expressionniste misérabiliste de Francis Gruber et de Georges Rouault. Tel un acteur ou un chanteur, Bernard Buffet signe des autographes et fait la une des magazines, de Paris-Match à Newsweek ou The Times. Introduit auprès de collectionneurs par le peintre Aujame, le peintre est récompensé à 20 ans du Prix de la Critique (1948), ex æquo avec Bernard Lorjou.
L’affirmation du style Bernard Buffet
En 1948, il rencontre le marchand d’art Emmanuel David. Ce dernier fut véritablement à l’origine de sa carrière internationale, avec une première exposition à la Galerie Drouant-David, à Paris, en 1949.
Emmanuel David fait signer à Bernard Buffet un contrat d’exclusivité, qu’il partagera à partir de 1957 avec Maurice Garnier. Ce dernier détiendra l’exclusivité totale de la production à partir de 1968, et ce jusqu’à la mort de l’artiste.
Le meilleur artiste français d’après-guerre
En 1955, Buffet est sacré meilleur artiste français d’après-guerre par la revue Connaissance des Arts.
La peinture est chère à l’époque. Bernard Buffet l’économise et n’en met que peu sur ses toiles : peu de matière donc et peu de couleurs : seulement des gris, des noirs, des bistres et des verts.
Ses œuvres sont fortes, poignantes. Le dessin, déterminé, s’allonge comme une supplique. Visages gris, fronts ridés, cheveux raides ou rares, mains crispées, ses personnages semblent crucifiés.
On aime cette personnalité nouvelle : le style Bernard Buffet s’impose, au point que Monseigneur Pasquale Macchi, secrétaire du Pape Paul VI, sollicite l’artiste pour qu’il fasse don de toiles au Vatican. Bernard Buffet cèdera un ensemble de tableaux représentant la Passion du Christ, réalisés en 1961.
Bernard Buffet : l’appel de la couleur
En 1958, la Galerie Charpentier à Paris organise la première rétrospective de son œuvre. Cette même année, Buffet rencontre et épouse Annabel Schwob qui devient sa muse et sa compagne d’une vie. Dès lors, le style pictural du peintre évolue, s’épanouit, gagnant en force et en couleurs.
L’exposition organisée au musée du Touquet : « Une Symphonie de couleurs en plus » (16 nov. 2015 – 10 janv. 2016) a permis au plus grand nombre de redécouvrir cet aspect longtemps oublié de son travail.
Un premier musée Bernard Buffet au Japon
Très apprécié au Japon, il se voit consacré un musée complet dès 1973 à Surugadarai, à Tokyo, sur l’initiative d’un fervent admirateur : le richissime homme d’affaires Kichiro Okano. Une collection d’exception y est présentée.
Bernard Buffet, artiste du peuple
Bernard Buffet illustre parfaitement le divorce entre les intellectuels français et l’art figuratif contemporain. Artiste populaire par excellence, Bernard Buffet est aimé du public, détesté des élites qui reprochent à son art d’être trop prolixe, trop figuratif, pas assez “cérébral”.
Les références et inspirations de Bernard Buffet sont pourtant riches et variées : Grünewald, Rembrandt, Chardin, Van Gogh… Et bien qu’artiste figuratif, ses représentations vont bien au-delà du monde visible.
Sa nomination à l’Académie des beaux-arts en 1974 et ses promotions au rang d’Officier de la Légion d’honneur (1993) et d’Officier des Arts et des Lettres attestent d’une reconnaissance officielle, tardive mais sans équivoque. Il n’a pas toujours été de bon ton d’apprécier l’œuvre de Bernard Buffet. Seule la critique Lydia Harambourg a toujours défendu le travail du peintre.
Qu’importe. Spirituel, entier, sensible, tourmenté, Buffet fut un esprit libre que ses détracteurs libérèrent de toute volonté de plaire : « La haine dont je suis entouré, disait-il, est pour moi le plus merveilleux cadeau que l’on m’ait fait. Je n’ai à ménager rien ni personne. Peu de gens peuvent en dire autant ».
Ayant consacré sa vie à la peinture, seul but réel d’une existence vouée à la création, Buffet met en pratique sa formule, rapportée par l’historien Stéphane Laurent : « Quand on n’a plus rien à dire, on se suicide. ». Les symptômes de la maladie de Parkinson apparaissent en 1997. Le 4 octobre 1999, ne pouvant plus peindre, Bernard Buffet met fin à ses jours dans son domaine de Tourtour, en s’asphyxiant avec un sac en plastique portant sa signature.
Bernard Buffet : icône de l’art figuratif français et artiste touche-à-tout
À ses plus de 8000 toiles, aquarelles, dessins, estampes (lithographies et gravures) s’ajoutent des décors de spectacles, des costumes, ainsi que deux projets de timbres (1978 et 1991), Bernard Buffet fut l’un des artistes les plus prolifiques de l’art français. Il rejoint en cela Renoir et Picasso, artistes eux aussi très féconds.
Au-delà des supports et techniques, Bernard Buffet a peint tous les sujets ou presque, leur insufflant son style et sa vision. Donnant aux choses ordinaires et vues du quotidien une toute autre dimension.
L’œuvre de Bernard Buffet est présentée à la Galerie Estades depuis 2000.
> Consulter la liste des rétrospectives Bernard Buffet
Muséographie (liste non exhaustive) :
– Musée du Vatican, galerie d’art moderne : (La Passion du Christ, ensemble daté de 1961),
– Musée Bernard Buffet, Surugadaira (Japon),
– Musée d’Art moderne de la Ville de Paris…
Bibliographie sélective :
Bernard Buffet, éd. Fonds de dotation Bernard Buffet, 2013.
BUFFET Annabel et LAMY Jean-Claude, Bernard Buffet : Secrets d’atelier, photogr. Luc Fournol et Benjamin Auger, Flammarion, 2004.
CAMUS Brigitte, Buffet ou la psychanalyse en signature, éd. Epure, coll. Essais sur l’art et la création, 2007.
HARAMBOURG Lydia, Bernard Buffet et le Bretagne, Plomelin, Ed. Palatines, 2006.
LE PICHON Yann, Bernard Buffet, éd. Maurice Garnier, 3 vol.
PERIER Henry, Bernard Buffet et la Provence, Plomelin, Ed. Palatines, 2007.
SILLEVIS John, Bernard Buffet, Plomelin, Ed. Palatines, 2013.
SORLIER Charles, Bernard Buffet lithographe, tome I : 1952-1979, Monte-Carlo, éd. André Sauret, 1979.
SORLIER Charles, Bernard Buffet lithographe, tome 2 : 1979-1986, Monte-Carlo, éd. André Sauret, 1987.
Une Symphonie de couleurs en plus, cat. expo. Musée du Touquet-Paris-Plage, 2015.