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MALLE Charles

Charles Malle, une saveur d’éternité
extraits du livre écrit par Jean PerreauTel un magicien plein d’humour, qui d’un geste malicieux brouille les pistes de celui qui tente de le suivre en répandant une nébuleuse d’illusions, Charles Malle nous propose ses visions d’un monde révolu mais toujours vivant dans sa mémoire.
Lentement conçue dans l’esprit d’un rêveur éveillé, son oeuvre ne transpose pas la réalité qui nous entoure, même si la plupart des éléments décrits restent aisément identifiables. Elle délaisse la figuration de l’apparence pour livrer une émotion profonde de l’artiste liée à une période privilégiée, celle de l’enfance, dont il veut témoigner. Expression d’une sensation éphémère, chaque tableau est un lieu d’évocation comme si le présent n’avait pas d’existence.
A la suite de Bonnard, dans la lignée d’un art à mi distance de la tradition et de l’avant-garde qui offre des images colorées et aérées du bonheur, hors du temps et indifférentes à l’actualité, Charles Malle, en utilisant la technique courante de la peinture de chevalet, donne à voir le calque de ses rêves.
(…)
Né à Douai, dans le Nord de la France, peu avant la guerre, Charles Gleize dit Charles Malle est élevé dans un milieu familial composé d’artisans et de mineurs. Venu des grandes plaines près de Tournai, ses aïeux du côté paternel sont compagnons ébénistes et menuisiers dans un atelier qu’ils ont ouvert à Douai. Aux récits des aventures des compagnons liées à leur tour de France se mêlent ceux des grèves très dures et des catastrophes du monde de la mine. Il se rappelle du rouge des drapeaux submergeant la foule des manifestants dans les rues de la ville et des évocations du drame de Courrières qui a touché sa famille.
De la guerre, de l’occupation et des années qui ont suivi la libération du pays, il a le souvenir, dans cette ambiance particulière du Nord, d’une vie quotidienne chaleureuse, scandée par les saisons. La neige, dont les premiers flocons annoncent un changement de rythme, la fin des travaux des champs et les vacances liées aux fêtes de Noël, lui semble relever du merveilleux lorsqu’elle recouvre le pays noir. Ces fêtes de l’hiver dont le carnaval marque l’apogée avec ses défilés de masques et de géants, ses manèges forains et sa foule joyeuse, sont restées vivaces dans sa mémoire. Cette époque, pas si lointaine dans le temps, avec ses modes de vie et ses traditions ancrées dans le monde rural, proches de ce que Bruegel décrit dans sa peinture, nous parait maintenant à des années – lumières.
La mort de son père en 1950 marque brusquement la fin de l’enfance : il lui faut porter le deuil pendant de longs mois et aider sa mère au lieu de voir ses copains. C’est à ce moment qu’il commence à dessiner avec persévérance et à penser à l’avenir. Cet avenir sera celui d’un interne studieux qui apprend toutes les techniques des arts plastiques et se passionne pour l’histoire de l’art. Il est d’abord envoyé à Saint-Luc-de-Tournai, une école des beaux-arts belge, tenue par les frères des Ecoles chrétiennes. Il y reste deux ans, ce qui lui permet de découvrir les trésors de l’art flamand dans les musées et d’être très influencé par les tableaux de paysages enneigés animés de petits personnages vacant à leurs occupations familières, patinant sur les canaux gelés ou festoyant dans une abondance de nourriture et de boisson.
Songeant au professorat, il entre ensuite à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix. Ses professeurs sont très exigeants et imposent un enseignement académique à base de nombreux exercices de dessin à main levée. Ils savent aussi déceler et développer les dons intrinsèques du jeune homme et le peintre Albert Dequenne l’encourage particulièrement. Charles sort brillamment diplômé quatre ans plus tard, après avoir obtenu les premiers prix dans toutes les matières. Il fait son service militaire en Algérie comme officier d’un bataillon de marche dans les djebels puis commence une carrière de professeur des lycées et collèges à Roubaix, Douai et Valenciennes. Mais son intérêt pour l’histoire de l’art, en particulier la période romane, sa passion pour les antiquités et son goût pour la Haute époque, lui font abandonner une carrière rangée dans l’enseignement pour se consacrer au commerce des meubles anciens. Il ouvre à Roubaix un atelier de restauration et sillonne la France, l’Espagne et le Portugal en suivant les chemins des pèlerinages pour admirer les vestiges romans et trouver des meubles et objets qu’il revend aux marchands de sa région. Sa connaissance du patois picard, mais aussi de l’espagnol et du portugais, et surtout son charisme, en font un négociateur redoutable. A sa manière, il renoue avec la vie itinérante et aventureuse de ses aïeux, qui se déplaçaient de chantiers en ateliers pour proposer leurs compétences. Il n’hésite pas à séjourner longuement, au hasard de ses pérégrinations, dans des sites qui l’intéressent comme Biarritz où, venu pour quelques jours avec son épouse, il reste quatre ans ! A la fin des années quatre-vingt, il anime à Douai des équipes de chômeurs de longue durée, en les faisant participer à la restauration de corps de ferme et petites chapelles, patrimoine architectural qui tombe en ruine dans les campagnes.
Depuis toujours, Charles Malle dessine et peint. C’est pour lui une nécessité et sa manière de s’exprimer. En 1955, il séjourne durant l’été en Espagne, vivant de ses tableaux qu’il expose sur les marchés. Ses toiles se vendent régulièrement mais dans un cercle restreint d’amateurs jusqu’à sa rencontre en 1990 avec Jean-Paul Villain qui le prend en contrat dans sa galerie parisienne.Quelques années plus tard, Michel Estades lui assure conjointement sa promotion en province dans ses différentes galeries. Plusieurs expositions personnelles à Paris, Lyon, Toulon et Deauville l’ont ainsi fait connaître et une cote soutenue en vente publique montre l’intérêt de plus en plus grand du public pour cette peinture hors du temps.
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Si Charles Malle utilise à sa manière une technique proche de celle des impressionnistes, il n’est pas un peintre paysagiste pour autant et ne peut être classé parmi ceux qu’on appelle par facilité post – impressionnistes. Créateur et non suiveur, son art est l’adéquation d’une vision intérieure et d’une écriture plastique moderne, réaction contre la stérilité d’une peinture réaliste envahissante. Refusant de représenter le monde actuel et ses spectacles, il nous convie, sans nostalgie ni pessimisme, à une réflexion sur le temps qui s’écoule lentement comme l’eau si présente dans son œuvre et la vie quotidienne d’antan.Jean Perreau———–
Lors d’une vente publique récente chez CHRISTIE’S à Londres, une huile sur toile de Charles Malle (73X92cm) représentant la place de la République à Paris, a été vendue à plus de 7000 euros aux enchères. Toutes les oeuvres de Malle présentées à la vente depuis 3 ans chez CHRISTIE’S ont été vendues.